L'effet latéral au billard : comment « mettre de l'anglais » sans rater sa bille
Frapper à droite ou à gauche de la blanche change son rebond sur la bande, mais aussi sa trajectoire vers la bille. Effet courant, effet contraire, déviation et courbe : le guide pour bien doser l'anglais.
Après le rétro et le coulé, place au troisième axe de la blanche : l'effet latéral, celui qu'on donne en frappant à droite ou à gauche du centre. Les joueurs de pool l'appellent english, et en France on entend souvent « mettre de l'anglais ». C'est l'effet le plus utile pour placer la blanche… et le plus traître pour rentrer la bille. Alors que les Mondiaux de blackball livrent leurs finales à Londres ce mercredi 28 octobre, voici le mode d'emploi.
Un effet qui travaille surtout sur la bande
Frapper à droite fait tourner la blanche sur elle-même, comme une toupie. Ce qui surprend les débutants, c'est que cette rotation change peu la trajectoire de la blanche après le choc avec la bille visée. Elle se révèle surtout au contact de la bande, comme le rappelle une fiche de Decathlon Conseil Sport : l'effet droit ouvre la trajectoire vers la droite, l'effet gauche vers la gauche, et plus on s'éloigne du centre, plus l'écart est marqué.
Le vocabulaire anglais distingue deux cas :
- l'effet « courant » (running english) tourne dans le sens du rebond : il ouvre l'angle à la sortie de la bande ;
- l'effet « contraire » (reverse english) tourne contre le rebond : il ferme l'angle.
On parle aussi d'effet extérieur (frappé du même côté que la coupe) et intérieur (du côté opposé).
Le prix à payer : trois déviations
David Alciatore, professeur à l'université d'État du Colorado et référence de la physique du billard, décrit trois phénomènes qui expliquent pourquoi tant de billes ratent la poche dès qu'on « met de l'anglais ».
- La déviation (squirt). Frappée à droite, la blanche part légèrement à gauche de la ligne de la queue. Plus il y a d'effet, plus elle dévie. Selon Alciatore, ce décalage ne dépend pas de la vitesse, mais de la queue : une flèche plus légère en bout (les flèches dites « low deflection ») dévie moins.
- La courbe (swerve). Tant qu'elle glisse sur le tapis, une blanche avec effet latéral et une queue un peu levée décrit une courbe qui la ramène vers le côté de l'effet. Elle reprend une ligne droite dès qu'elle roule. Plus le coup est lent, la distance longue et la queue levée, plus la courbe compte. Les deux effets peuvent donc se compenser en partie : c'est leur somme qui décide du point d'impact.
- L'entraînement (throw). Au choc, le frottement entre les deux billes pousse la bille visée hors de sa ligne théorique, du côté opposé à l'effet. Même sans effet, une coupe produit ce décalage : au maximum, environ 2,5 cm par 30 cm parcourus par la bille visée, vers une prise de demi-bille. Le phénomène est plus fort sur les coups lents.
Le chiffre à retenir : la moitié du rayon
On ne peut pas frapper la blanche plus loin du centre qu'à mi-chemin du bord : au-delà, c'est la fausse queue. Alciatore appelle ce point 100 % d'effet, 50 % étant la moitié du décalage. Repère simple : la bande colorée d'une bille rayée fait environ la moitié de son diamètre. Et une curiosité : un effet extérieur bien dosé, environ 50 % sur une prise de demi-bille, « engrène » les deux billes comme deux roues dentées et annule l'entraînement de la bille visée.
Source : David Alciatore, université d'État du Colorado.
Trois conseils pour s'y mettre
- N'en mettez que quand il le faut. Un coup au centre reste le plus sûr. Gardez l'effet latéral pour les placements qui passent par une bande.
- Déplacez tout le corps. La fiche de Decathlon conseille de décaler les pieds et le chevalet parallèlement, plutôt que de tordre la queue au dernier moment.
- Craie et queue basse. Un procédé bien craié limite la fausse queue, et une queue la plus horizontale possible limite la courbe.
Un exercice : la même bande, trois sorties
Placez la blanche au milieu de la table et visez un point de la grande bande d'en face, sans bille. Jouez trois fois le même coup, à la même vitesse : sans effet, avec effet droit, puis avec effet gauche. Marquez où la blanche touche la bande suivante. Vous verrez de vos yeux l'angle s'ouvrir et se fermer. Recommencez ensuite plus fort, puis plus lentement : à faible vitesse, la courbe et la déviation se combinent différemment.
Et au bar ?
Si le tapis est lent ou un peu usé, l'effet latéral se paie plus cher : selon Alciatore, la courbe apparaît plus tôt sur un tapis « collant ». Avant de jouer la position, assurez la bille : sur une coupe délicate, revenez au centre et aux effets haut-bas. Gardez l'anglais pour les sorties de bande que vous avez répétées. Pour la casse, relisez notre guide pour bien casser au 8-ball et au blackball, puis venez tester tout ça sur nos tables : jouer au billard à Nice.
Questions fréquentes
L'effet latéral change-t-il la direction de la blanche après la bille visée ?
Très peu. Son effet principal se voit au contact de la bande : il ouvre ou ferme l'angle de rebond. Il dévie en revanche la blanche avant le choc, ce qui oblige à corriger la visée.
Pourquoi je rate mes billes quand je mets de l'effet ?
À cause de la déviation de la blanche (squirt), de sa courbe sur le tapis (swerve) et de l'entraînement de la bille visée (throw). Avec peu de distance, peu d'effet et une queue horizontale, ces erreurs restent faibles.
Jusqu'où peut-on frapper du centre ?
Jusqu'à environ la moitié du rayon de la blanche. Au-delà, le risque de fausse queue devient très élevé.